Entretien

Pascal Bruckner : “Sans la diversité de ses auteurs, Grasset ne survivra pas”

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Pascal Bruckner : “Sans la diversité de ses auteurs, Grasset ne survivra pas”

Pascal Bruckner le 19/02/2026 ©Jean-Francois Paga/opale.photo

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Le philosophe Pascal Bruckner publie ses livres chez Grasset depuis des décennies. Il n’a pourtant pas hésité une seconde pour quitter “sa” maison après que son PDG, Olivier Nora, en a été évincé. Il nous raconte les coulisses de cette affaire sans mâcher ses mots. Une occasion de poursuivre sa réflexion sur les pouvoirs de l’argent. 


Quelle a été votre réaction quand vous avez appris l’éviction d’Olivier Nora ? 

Pascal Bruckner : J’ai été surpris sans être étonné. J’en avais discuté avec Olivier Nora une semaine plus tôt. Il m’avait confié pouvoir être renvoyé à tout instant. Depuis trois ans, il était sur la corde raide. Il savait que Vincent Bolloré [qui contrôle la holding Louis Hachette Group comprenant les Éditions Grasset] ne supporte pas qu’un éditeur de son groupe lui résiste. 

 

Menaces sur toute l’édition ?

Et comment résistait-il ? 

Il ne se pliait pas aux injonctions venues d’en haut. Il a récemment refusé de publier un livre de Nicolas Diat, éditeur et “plume” de Jordan Bardella. Il était opposé à l’idée de faire paraître le nouveau livre de Boualem Sansal trop tôt. C’était son avis d’éditeur et cela se tenait : prendre le temps de préparer le texte et de le publier un an après sa libération avait plus de sens que de se précipiter. Certaines de ses protestations ont été symboliques. Par exemple, lorsque Hachette a organisé une grande soirée au palais Brongniart à la mi-mars, pour célébrer l’arrivée de Boualem Sansal chez Grasset, en présence de Jordan Bardella, Sarah Knafo et Nicolas Sarkozy, Olivier Nora a ostensiblement boudé la cérémonie. Cela lui a été reproché. Il était inévitable qu’il soit licencié. Mais il l’a été de façon humiliante. Il a appris son éviction par la presse. Son renvoi ne lui a pas été officiellement notifié. Encore maintenant, il continue à se rendre à son travail et partager son bureau avec le nouveau directeur. 

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