Pendant que j’y pense / octobre 2016
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Cet article est issu du numéro 103 de Philosophie magazine « Comment surmonter ses échecs ? », en kiosque le 22 septembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Un jour, j’ai réalisé que le monde autour de moi, avec ceux qui y vivaient, était en train de disparaître sous mes yeux et que personne, sinon moi, n’en voyait rien. » Ainsi commence Crue (Gallimard, 272 p., 19,50 €), le stupéfiant roman de Philippe Forest. C’est l’histoire d’un engloutissement (il se produit bien une crue), qui commence comme un témoignage maladroit de survivant pour glisser sans drame, par discrètes incongruités, vers un fantastique ordinaire, transposition – geste héroïque en moins – de la descente aux enfers de Dante. Les enfers, ici, se réduisent à quelques rues vétustes, cernées par l’ultramodernité urbaine, où se retrouve en marge du monde une humanité un peu cabossée. Le narrateur, marqué par le deuil ancien de son enfant, s’y installe. Devenu le seul habitant, ou presque, après l’inondation de la ville, il rencontre deux autres isolés, une pianiste et un intellectuel prophète, qui disparaissent un jour sans que personne ne semble les avoir jamais connus. Un chat fugueur fait le lien… on ne sait trop entre qui et quoi. Avec ses autres mondes, ses univers parallèles et ses spectres, le fantastique convient à la métaphysique. L’écrivain cherche au bord du vide la « vérité toute crue » du réel à laquelle personne ne réussit à croire (dans Crue, il y a de l’incroyable) : « Le rien est le fin mot du monde. »