Jean-Claude Milner: “La démocratie est-elle autre chose qu’un fantasme ?”

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Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ancien maoïste devenu un analyste alerte et précis des dérives de l’idéologie égalitaire et de l’universel des Lumières, Jean-Claude Milner critique notre ère politique là où ça fait mal : une propension à la parodie sans pouvoir.

L’une des grandes trouvailles des Grecs est, selon vous, le « parallélisme logico-politique ». De quoi s’agit-il ?

Aristote distingue les régimes politiques sur la base des opérations élémentaires de la logique. Que nous explique-t-il, dans La Politique ? Ou bien tout le monde décide, et l’on vit en démocratie ; ou bien quelques-uns décident, c’est une oligarchie ; ou bien un seul, dans une monarchie. En logique, il y a de même des propositions qui s’appliquent à tous (universelles), à quelques-uns (particulières), à un seul (singulières). Nous continuons à réfléchir en politique avec ces outils, plus qu’avec ceux de la sociologie ou de l’histoire. Considérez la loi de la majorité ; si elle est perçue comme démocratique, c’est parce que l’on admet que, dans ce cas, la partie est égale au tout. Il y a donc un forçage, mais il est essentiel : il faut, pour qu’il y ait démocratie, que le moment du « tous » soit rétabli.

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