L’Œil et l’esprit

Perte d’aura

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Perte d’aura

Eugène Atget, Rue Laplac et rue Valette à Paris. 1926 (cc) Wikimedia Commons / Metropolitan Museum of Art

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Cet article est issu du numéro 21 de Philosophie magazine « 21 - été 2008 », en kiosque le 03 juillet 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Walter Benjamin, les nouvelles reproductions techniques que sont la photographie et le cinéma modifient le statut de l’œuvre d’art, qu’elles dépouillent de son aura. Une nouveauté dont les visions de Paris d’Eugène Atget seraient un exemple flagrant.

Ruines et démolitions, vieilles cours noircies, grandes percées modernes et, au milieu de cela, fiers témoins d’un autre âge, les monuments de Paris : tel est, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le visage de la grande ville à la forme changeante et éphémère. Comme pour sauver ce que le temps menaçait d’engloutir, Eugène Atget entreprend, à partir de 1897, de photographier systématiquement les recoins du vieux Paris. Il s’intéresse aux ruelles pavées, aux murs qui s’écaillent, aux places au tracé capricieux, bariolées d’affiches et d’enseignes, avec, ici et là, un hôtel particulier paré de tous ses ornements. Le photographe accumule les clichés, multiplie les points de vue. Son travail sans fioriture a l’allure méthodique d’un relevé, qui sait cependant ménager des surprises dans le décor familier : tel ce feuilleté d’affiches qui déshabille l’angle de la rue de Seine au-dessus d’une boutique on ne peut plus respectable. Souvent, l’espace désert donne à ses photos une note étrange, discrètement mélancolique.

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