Lecture d’été
“Phèdre” de Platon : comment converser sous le chant des cigales
©Editions Flammarion
Cet article est réservé aux abonnés.
C’est l’un des plus beaux dialogues socratiques. Deux amis y parlent d’amour et de beauté, de la sieste et du chant des cigales. Et nous proposent de concevoir l’âme humaine comme un attelage ailé tiraillé entre des désirs contraires.
C’est une conversation un peu décousue entre deux amis, qui déambulent par une chaude journée au cœur de l’été hors les murs, dans la campagne près d’Athènes. Socrate et Phèdre échangent librement aussi bien à propos de l’amour, de la folie, de la passion, de la beauté, de l’art, du discours… que de la sieste et du chant des cigales. Mais lire (ou relire) le Phèdre de Platon, c’est surtout replonger au cœur même des interrogations les plus existentielles de la philosophie platonicienne, et poser la question du sens de l’existence.
L’amour fait parler et chanter
Le fait n’est pas si courant dans ces ouvrages que l’on appelle par commodité les « dialogues » de Platon : le Phèdre ne fait réellement intervenir que deux personnages : Phèdre, donc – dont on ne sait s’il a réellement existé –, et Socrate, son ami. Ensemble, ils commencent par évoquer un discours sur l’amour prononcé par le sophiste Lysias, qui a rencontré un vif succès et qui a d’ailleurs tellement émerveillé Phèdre que celui-ci désire l’apprendre par cœur pour pouvoir le réciter à son tour. Socrate ironise : Lysias sait-il seulement ce qu’est l’amour ? La parole, c’est-à-dire le logos, sert-elle à épater les autres grâce à des techniques et artifices rhétoriques ou a-t-elle plutôt pour but de nous faire connaître la vérité ? Mais la question de la valeur du discours permet surtout aux deux interlocuteurs de s’interroger sur la nature de ce qui est réellement digne d’être aimé.