Platon n’y a vu que du feu
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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Depuis Platon, la philosophie a oublié le mal, érigeant le bien comme idée suprême. Pour Mehdi Belhaj Kacem, il est grand temps, surtout après Auschwitz, qu’elle s’y intéresse. Car, en le refoulant, notre civilisation rationnelle et technicienne s’est vouée à être hantée par un nihilisme menaçant.
Dès ses débuts platoniciens, la philosophie est hantée par un spectre : celui du Mal. Elle se définit de faire du Mal un spectre : de le « fantômatiser », de le rendre irréel. C’est le projet du mythe de la caverne, qui présidera à près de vingt-trois siècles d’a priori philosophique : le Mal n’est considéré que comme une forme du « moins bien », une illusion anthropologique qui nous barre l’accès, par les étapes du mieux, au souverain Bien. C’est dans La République que les jeux sont faits, pour près de vingt-trois siècles, dont nous commençons à peine à sortir.
En effet, que dit ce mythe de la Caverne ? Platon nous y explique que l’art, comme véhicule du religieux, se trompe à exhiber le Mal partout (ce sont les « ombres » de la Caverne) et que, pour se défaire de ces hallucinations, il faut s’inspirer de la Science : de la positivité et de la transparence épistémologiques propres notamment à la mathématique. La chose faite, la philosophie assurera à la Cité une Politique pleinement rationnelle, où tout le monde sera heureusement assigné à sa juste écurie.
La philosophie se définit donc expressément comme ce qui doit venir remplacer la Religion. L’exclusion du Poète et de la Tragédie de la Cité idéale n’a pas d’autre sens. L’Art n’est attaqué qu’au titre de la Religion civique qu’il véhicule (le sanguinolent paganisme). La philosophie n’est pas là pour être la rivale de la Religion. Non : la philosophie est bien ce qui doit venir remplacer la Religion.