Pour/Contre
Pour ou contre “The Brutalist”, la fresque de Brady Corbet sur l’envers du rêve américain ?
Adrien Brody dans le film “The Brutalist” (2024), de Brady Corbet. © Universal Pictures
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Avec dix nominations aux Oscars et un grand succès critique comme public, The Brutalist, de Brady Corbet, est le « film événement » de ce début d’année. Fresque bouleversante sur les traumatismes causés par la Shoah ou pensum irréaliste qui rate sa cible ? Michel Eltchaninoff et Ariane Nicolas en débattent.
Pour : une réflexion fine et bouleversante sur la souffrance humaine
Par Michel Eltchaninoff
Si ce fim est si long, ce n’est pas parce qu’il est le lourd biopic d’un architecte hongrois réfugié aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. L’action du film est au contraire assez ramassée autour de plusieurs périodes clés. Non, s’il faut passer près de quatre heures dans la salle, c’est pour se donner le temps de ressentir, dans sa chair, le passage du rêve (américain) au cauchemar – avant, peut-être, un réveil douloureux et rédempteur.
La première partie du film est parsemée d’indices mais a tout de même l’allure, au moins au début, d’une success-story. On ne sait pas très bien ce que le personnage de László Tóth (Adrien Brody) a vécu durant la guerre en Hongrie occupée par les nazis puis par les soviétiques, car on n’assiste qu’à sa fuite. On sait seulement qu’il exulte en découvrant la statue de la Liberté, qu’il va essayer de faire venir auprès de lui son épouse et sa nièce, qu’il est animé d’une irrépressible pulsion de vie, même si sa puissance d’être laisse parfois à désirer. Accueilli par son cousin américanisé en Pennsylvanie, László revendique sa judéité, croit en son talent d’ancien architecte star du Bauhaus, affronte avec flegme les clients indélicats et ne se décourage pas lorsqu’il se retrouve injustement dans la plus extrême pauvreté. Un riche industriel, Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce), ne tarde pas à repérer ce génie méconnu et lui confie un chantier titanesque, la construction d’un centre communautaire sur une colline de son domaine, en l’honneur de sa mère défunte. L’idée principale de László, qui consiste à faire apparaître une croix de lumière au cœur de l’église, pièce maîtresse du projet, enthousiasme tout le monde.
Mais des légers détails suggèrent que nous n’allons pas contempler en bâillant la fresque de la résilience à l’américaine. László reste à la merci des caprices de ses mécènes. Il est victime de préjugés antisémites. Il boit trop, il se drogue, tout en restant hautain avec les béotiens. Il déplaît. Tout dérape dans la deuxième partie du film, alors que sa femme et sa nièce muette viennent de le rejoindre. Parviendra-t-il à achever la construction de son chef-d’œuvre, de plus en plus compromise ?