Enquête

Prévenir le suicide en prison : les codétenus font-ils mieux que les psychiatres ?

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Prévenir le suicide en prison : les codétenus font-ils mieux que les psychiatres ?

Un détenu se tient dans sa cellule au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, dans le sud-est de la France, le 27 novembre 2018. Dans cet établissement, des “codétenus solidaires” aident à “apaiser” lorsque les détenus font face à des situations existentielles particulièrement éprouvantes. © Jeff Pachoud/AFP

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Pré-lancé en 2010 et expérimenté à partir de 2014 en France, le dispositif a désormais dix années d’existence. Malgré tout, il reste assez confidentiel dans un pays qui a, en détention, un des plus forts taux de suicide d’Europe. Nous avons rencontré des membres de la Croix-Rouge qui forment des codétenus à « l’écoute active » pour limiter un peu la désagrégation sociale inhérente au milieu carcéral – un facteur qu’Émile Durkheim avait déjà identifié en son temps comme suicidogène.


 

À l’ombre, le suicide est une calamité. D’après les statistiques du Conseil de l’Europe, le suicide représente en moyenne 27% des décès en milieu carcéral sur notre continent. En France, c’est 55,4% – l’une des proportions les plus fortes d’Europe avec la Turquie, la Suède et la Finlande. D’après l’Organisation internationale des prisons, le taux de suicide français est six fois supérieur derrière les barreaux que dans la population générale. Un fléau pour les familles des victimes comme pour les directeurs de prison. En effet, la détention est un milieu où les écroués sont dans une situation d’hétéronomie extrême, si bien qu’en cas de suicide, l’administration pénitentiaire peut être légalement tenue responsable et condamnée. Après une vague de suicides en 2008, le gouvernement décide d’agir. Parmi les mesures, il en est une qui demeure assez méconnue : les codétenus de soutien (CDS). Elle est d’abord pré-testée en 2010 dans les maisons d’arrêt de Villepinte et de Strasbourg, avec l’objectif de désigner pour une durée limitée un détenu en charge de soutenir moralement un autre détenu au bord du suicide.

Dès 2014, le dispositif atteint sa phase d’expérimentation et est étendu à sept établissements. L’un des architectes de cette idée nouvelle est le psychiatre Jean-Louis Terra. Aujourd’hui retraité, il aimait répéter, du fond de son grand bureau du centre hospitalier du Vinatier à Lyon, que « quand il s’agit d’aller côtoyer une personne suicidaire, il y a des psychiatres qui n’en sont pas capables et des détenus qui sont des ténors… » Les CDS connaissent l’expérience de la détention et peuvent représenter une écoute plus compréhensive pour une personne fragile. « Ils mesurent tous les tracas du quotidiens », souligne Aude Fourmann, psychologue au sein de la Croix-Rouge qui assure une partie des formations des CDS. « Ils peuvent se dire : tiens, lui n’a plus de cigarette, il n’est pas bien. Je le dépanne et j’en profite pour aborder des sujets plus profonds. » Ils peuvent aussi s’adresser à des détenus très isolés qui sortent très peu de leur cellule.

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