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Protection partagée

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Protection partagée

Le premier préservatif unisexe, baptisé Wondaleaf Unisex Con- dom. ©Twin Catalyst /EPA/Maxppp

Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

C’est une première mondiale : le gynécologue malaisien John Tang Ing Chinh a mis au point le premier préservatif unisexe, baptisé Wondaleaf Unisex Condom. Son principe ? L’une des faces est recouverte d’un adhésif et peut être tournée, au choix, vers l’intérieur (pour se fixer au phallus) ou vers l’extérieur (pour se coller à la paroi du vagin). Il s’agit de participer à « la prévention des grossesses non désirées et des maladies sexuellement transmissibles », et de faire de la protection sexuelle une responsabilité partagée entre hommes et femmes. Comme le montrent Clémentine Gallot et Caroline Michel dans leur essai La Charge sexuelle (First Éditions, 2020), « là où les hommes perçoivent la sexualité seulement par le prisme du plaisir » immédiat, les femmes « ont pris le pli d’une sexualité médicalisée ». C’est donc sur elles que repose l’essentiel des problèmes de « gestion », en amont et en aval, de la pratique sexuelle, à commencer par la contraception. Même « le préservatif masculin [reste] une charge pour les femmes » : ce sont elles qui, en général, demandent à leur partenaire – souvent récalcitrant, parce qu’il y voit une atteinte à son plaisir – de l’enfiler. Wondaleaf permettra-t-il de faire bouger les lignes ? Comme le préservatif féminin – qui existe depuis des décennies… –, il évitera aux femmes d’avoir à négocier leur protection. Mais c’est encore faire reposer sur leurs épaules la charge sexuelle. À moins que, par la réversibilité, la porosité des genres qu’il concentre, le préservatif unisexe n’invite chacun à se défaire de l’emprise de rôles stéréotypés ?

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