Qarrtsiluni

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Cet article est issu du numéro 137 de Philosophie magazine « 137 - mars 2020 », en kiosque le 20 février 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : iñupiaq

Que faire face à la page blanche ? S’acharner ? Regarder un écran pour se vider la tête ? Qarrtsiluni (prononcez /kartz-si-lou-ni/), dirait un Eskimo ! C’est-à-dire : attendre avec d’autres, en silence, et dans le noir, qu’une belle image jaillisse. Comme Madjuaq, un Inuit de l’île Diomède en Alaska, le raconte à l’explorateur danois Knud Rasmussen dans The Eagles Gift (1939 ; non traduit), ce mot fait référence à une cérémonie annuelle : chaque automne, pour honorer l’âme des baleines, les hommes doivent composer de nouveaux chants. Ils se réunissent dans l’obscurité pour n’être distraits par rien et attendent que les « belles choses prennent forme dans leur esprit et s’élèvent comme des bulles depuis les profondeurs de l’océan, remontant vers l’air pour éclater ». Une idée de l’inspiration qui tranche avec le culte moderne du créateur. Pour les Inuits, l’homme ne crée pas mais trouve ; il témoigne de ce qui advient. Patience teintée d’humilité, le mot qarrtsiluni désigne plus généralement le calme fébrile qui précède un grand événement, l’espoir d’une éclaircie, l’attente du surgissement des choses. Le ballet du chorégraphe danois Harald Lander, Qarrtsiluni (1942), évoque ainsi la renaissance du Soleil et le réveil de la Nature après six mois de nuit hivernale. L’homme ne peut brusquer cette éclosion 

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