Édito

Quand s’ouvre le rideau des soucis

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Quand s’ouvre le rideau des soucis

© Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 71 de Philosophie magazine « 71 - été 2013 », en kiosque le 04 juillet 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Vous êtes-vous déjà fait cette remarque que les moments de répit, dans la vie quotidienne, n’étaient pas aussi heureux qu’ils devraient l’être ? Que leur douceur avait toujours comme un arrière-goût amer ? Pour ma part, c’est là une expérience aussi troublante que familière. Mettons que j’arrive un peu en avance à la gare et que j’aie quelqu’un à attendre sur le quai, sans journal sur moi, sans occupation possible ; ou bien que je doive faire un long voyage en train en compagnie d’un livre qui se révèle plus ennuyeux que prévu, me laissant tout le loisir de regarder défiler la campagne par la vitre ; ou encore que, sortant du bureau en fin d’après-midi, j’aille boire un verre en terrasse, pour être tranquille un quart d’heure… Logiquement, en de telles circonstances, un vif sentiment de bien-être devrait refluer en moi ; il faudrait apprécier qu’il n’y ait aucun effort à fournir, que toutes les tâches paraissent lointaines ou abstraites, qu’un bâton bloque pour quelques minutes la roue du temps. Or, ça ne prend pas. Les pauses de l’existence ont presque toujours une tonalité mélancolique. Comme si la petite musique trépidante du quotidien masquait, derrière, un son de basse, plus essentiel ; comme si l’absence de toute préoccupation, la levée provisoire des soucis venait révéler une dimension ombreuse et menaçante de l’existence.

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