L'écho de l'actualité

Radar. Mai 2011

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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

France, 4 avril 2011

Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant (ici en 2008, avec le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur) s’inquiète de l’accroissement du nombre de musulmans.

 « L’acroissement du nombre de musulmans en France et un certain nombre de leurs comportements posent problème. » Après l’usage du mot « croisade » à propos de l’intervention en Libye, Claude Guéant a cru utile de justifier ainsi le débat sur l’islam et la laïcité lancé par l’UMP.« Il n’y a aucune raison pour que la République accorde à une religion particulière plus de droits qu’elle n’en a accordé en 1905 à des religions qui étaient anciennement ancrées dans notre pays », ajoute-t-il. Étrange constat qui a suscité une vaste polémique. La gauche accuse le ministre de singer Marine Le Pen, la droite estime que Guéant répond, maladroitement, à une vraie question. En réalité, l’enjeu est européen et dépasse les clivages politiques. En Allemagne, le social-démocrate Thilo Sarrazin s’inquiète dans un best-seller de l’abêtissement du pays en raison d’une immigration musulmane galopante. Aux Pays-Bas, le député d’extrême droite Geert Wilders réclame l’interdiction du Coran et l’arrêt de l’immigration en provenance des pays musulmans. En Suisse, la droite populiste obtient l’interdiction de la construction de minarets. « Attiser le sentiment d’une culture nationale en danger, tenue de s’affirmer comme “culture de référence” à laquelle doit se plier tout nouvel arrivant » n’est pas nouveau en Europe, remarque Jürgen Habermas. Ce qui est inédit, c’est de définir la « culture de référence » à partir de la religion. Tout se passe en effet comme si, pour certains, l’islam menaçait la culture judéo-chrétienne censée nous distinguer des étrangers. Au fondement de la xénophobie, la religion a pris la place de la race, ouvrant une nouvelle carrière à la haine de l’autre, mais révélant surtout une angoisse spirituelle latente dans le corps social. La vigueur de l’islam dérange tous ceux qui ne supportent plus la culture du doute propre aux démocraties. En somme, elle renvoie à tous ceux qui ne sont plus croyants l’image de leur propre faiblesse.

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