Repérages / novembre 2017
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Cet article est issu du numéro 114 de Philosophie magazine « Comment vivre avec l’idée de la mort ? », en kiosque le 26 octobre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image
Regards classés X
De prime abord, on dirait une structure enfantine, avec ses cubes façon Lego. Puis on finit par voir la chose différemment… et c’est moins innocent : l’œuvre suggère alors un coït en levrette. Cette création de l’Atelier Van Lieshout (du nom de son fondateur néerlandais, Joep Van Lieshout) est exposée à Bochum, en Allemagne, depuis 2015. Domestikator – c’est son petit nom – devait être dévoilée au public français dans les jardins des Tuileries à Paris, lors de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac), en octobre dernier. Mais la direction du Louvre, qui régit les jardins, a annulé le projet. Au-delà de la polémique, c’est l’ambiguïté de la perception qui intéresse ici. Dans ses Recherches philosophiques, le philosophe Ludwig Wittgenstein s’intéresse à un dessin qui peut être vu soit comme un canard, soit comme un lapin ; la même figure donne lieu à deux lectures possibles. Cet exemple sert à distinguer un « voir » classique d’un « voir comme » qui engage la saisie d’un nouvel « aspect » (ici, la structure apparaît comme classée X). Dans les années 1920, Wittgenstein a aussi été… architecte, ayant réalisé la maison de sa sœur à Vienne. Minimaliste, l’édifice était doté de larges baies vitrées pour laisser circuler la lumière : pour le penseur – qui écrit que la philosophie et l’architecture sont un même travail sur « la façon dont on voit les choses » –, intérieur et extérieur ne sont pas séparés mais liés. Et si Domestikator était d’inspiration wittgensteinienne ? Alors que, traditionnellement, l’architecture crée des bâtiments qui abritent et protègent des regards, ici, on rend visible ce qui peut éventuellement s’y passer – intérieur et extérieur s’interpénètrent.