Liberté, égalité, identités
Révolution française. Pas une tête qui dépasse ?
Sans-culotte © Domaine public/CC0 Paris Musées/Musée Carnavalet
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Cet article est issu du numéro 147 de Philosophie magazine « Liberté, égalité, identités - Comment reconnaître nos différences ? », en kiosque le 18 février 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les révolutionnaires de 1789 rêvaient-ils de gommer tout particularisme ? Leur projet universaliste, dont nous sommes les héritiers directs, ne supposait pas de mettre fin aux différences, tranche l’historien Guillaume Mazeau.
Avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les révolutionnaires de 1789 entendent-ils forger une nouvelle identité ? A-t-on, avec ce geste de promouvoir des individus-citoyens membres d’une nation aux valeurs explicites, l’idée de créer une spécificité française ?
Guillaume Mazeau : La Déclaration ne s’adresse pas aux Français mais à l’« Homme » et au « Citoyen ». Il s’agissait de tourner le dos à une société d’Ancien Régime ségrégationniste et différentialiste. Dans la langue contractualiste des révolutionnaires, « Nation » définit une communauté de citoyens unis par un choix, ne comportant pas de critère territorial ou ethnique. Cela ne veut pas dire que cette politique d’extension des droits n’a pas rencontré un autre phénomène, de type identitaire, au cours du processus, caractérisé par ses ambivalences, entre projet universaliste et sentiment de supériorité nationale et coloniale. Avec les guerres révolutionnaires, avec la « Terreur », la définition de « l’étranger » n’est plus uniquement politique : le terme ne désigne pas seulement les contre-révolutionnaires mais témoigne de la remontée des stéréotypes négatifs envers les autres nations. C’est surtout avec le Directoire, après 1795, l’émergence du thème de la « Grande Nation » et l’expérience des « Républiques sœurs », que la définition de la citoyenneté va se militariser et se teinter d’identité nationale : à partir de 1799, être citoyen, c’est avant tout être Français. Mais il faut bien être conscient que ce n’est pas du tout présent au début de la Révolution. Cet amalgame final entre citoyenneté et nationalité n’était pas au programme des patriotes de 1789.