Entretien
Rutger Bregman : “Nous n’avons pas de pulsion naturelle à faire le mal”
© Alemko Coksa/Pixabay
Les hommes sont-ils naturellement bons ou naturellement mauvais ? Cette question préoccupait déjà Hobbes et Rousseau, dont les conceptions de « l’état de nature » étaient diamétralement opposées. Pour le premier, « l’homme est un loup pour l’homme », il est par essence égoïste ; la société seule permet de recouvrir cette violence innée d’un mince vernis moral. Pour le second, au contraire, l’homme est fondamentalement bon et altruiste ; c’est la société qui le corrompt. Dans ce débat, Hobbes, réputée plus réaliste, l’a longtemps emporté selon l’historien et essayiste néerlandais Rutger Bregman, qui publie Humanité, une histoire optimiste (Seuil). Le néolibéralisme, fondé sur l’idée d’une concurrence des monades individuelles, en est l’expression contemporaine. Et si nous nous étions trompés ? Et si la vision de Rousseau n’était pas si naïve et idéaliste ? Difficile à croire, au vu des atrocités, passées et présentes, qui gangrènent le monde. Cependant, pour Bregman, si les hommes font preuve de malveillance, c’est peut-être d’abord parce que les institutions socio-politiques qui organisent leur existence partent du principe qu’ils sont mauvais. On finit toujours par trouver – ou créer – ce que l’on cherche. « Notre vision de la nature humaine est bien souvent une prophétie auto-réalisatrice. » Mais, en réalité, « notre instinct de base est de nous faire confiance » les uns les autres. Pour Bregman, qui est par ailleurs un ardent défenseur du revenu universel, il est urgent de substituer à l’idée de rivalité celle de coopération.

Humanité. Une histoire optimiste, de Rutger Bregman (Seuil, 432 p., 21,90 €) est disponible ici.