Scandaleux pari

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Cet article est issu du numéro 79 de Philosophie magazine « 79 - mai 2014 », en kiosque le 24 avril 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le pari de Pascal reste un texte scandaleux – à deux égards au moins.

Par sa manière, tout d’abord, de ramener la foi en Dieu à une question d’ordre utilitariste. Cessons, disent ces lignes, de chercher une vérité inaccessible : Dieu est « infiniment incompréhensible », nous sommes incapables de connaître « ni ce qu’il est, ni s’il est ». Le seul problème sera donc de déterminer notre intérêt. La décision de croire est réduite à une stratégie, dans une situation assimilable à un jeu. Si Dieu existe, j’ai tout gagné ; s’il n’existe pas, il n’y avait rien à perdre. De la part de l’auteur des Provinciales, d’un représentant inflexible de l’exigence morale, cette réduction de la religion à ses éventuels avantages a pu surprendre. Et de fait, dès la première parution des Pensées, elle a révolté plus d’un lecteur. Mais au fond, si l’on écarte son caractère provocateur, il faut bien convenir que l’argument n’est pas si subtil et qu’il se laisserait résumer en trois phrases. On ne s’explique pas que le fragment « infini rien » (puisque tel est son vrai titre) ait exercé une si grande fascination, s’il se réduit à cette grossière invitation à prendre son intérêt pour guide.

La deuxième provocation de Pascal, connexe, est le fait du mathématicien, qui intègre dans sa démonstration un appareil conceptuel tout récemment élaboré : celui d’une science qui ne s’appelle pas encore « probabilités » et qu’il baptisait, trois ans auparavant, avec un enthousiasme mêlé d’étonnement, la géométrie du hasard. Cette armature mathématique du discours, dont on a du mal a priori à saisir la portée existentielle, donne à ces pages leur tonalité si particulière. Certains y ont vu un simple effet d’intimidation. Quelle que soit l’autorité d’un géomètre, à l’époque de Descartes et de Fermat, il est indéniable que ce jeu avec l’infini, ce dénombrement des hasards nous impressionnent aujourd’hui encore. Mais il faut y regarder de plus près.

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