Catastrophe naturelle
Séisme au Maroc : la Terre se venge-t-elle ?
Montagnes du Haut-Atlas (Maroc), le 10 septembre 2023. Le village de Moulay Brahim dans la province d’al-Haouz, au Maroc, détruit par le tremblement de terre du 8 septembre dernier. © Philippe Lopez/AFP
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Alors qu’on n’a pas fini de mesurer l’ampleur des dégâts et le nombre des victimes du séisme survenu dans la région de Marrakech au Maroc, une question plus philosophique, ou même religieuse, se pose sur le sens d’un tel tremblement de terre. Peut-on dire, comme l’écologiste James Lovelock, père de l’« hypothèse Gaïa », que la Terre, telle une entité singulière, se vengerait et nous punirait du traitement qu’on lui inflige ? Ou faut-il, avec Slavoj Žižek, dénoncer ce recours à l’animisme et admettre que les catastrophes naturelles révèlent au contraire que la Terre est traversée de forces qui n’ont aucune intention ? Voici les éléments du débat, et une proposition de dépassement.
D’où viennent les catastrophes naturelles ? Difficile de ne pas se poser la question face à leur ampleur dévastatrice. Les catastrophes, bien entendu, ont des causes naturelles ; mais ces explications sont souvent, en regard de l’horreur, insuffisantes pour donner sens au drame. L’homme réclame des raisons, non seulement des causes. D’aucuns, sans doute, interpréteront ainsi le séisme terrible qui a récemment frappé le Maroc comme le signe d’une punition infligée par un Dieu transcendant. Mais le monde contemporain se caractérise, sous le nom de Gaïa, par le développement d’une autre forme d’interprétation : et si les catastrophes constituaient la « vengeance » de la Terre face aux ravages environnementaux que lui inflige l’homme ? Le scientifique anglais James Lovelock lui-même, fondateur de l’« hypothèse Gaïa » selon laquelle « la matière organique, l’air, les océans et la surface terrestre de la Terre forment un système complexe susceptible d’être appréhendé comme un organisme unique et ayant le pouvoir de préserver les caractéristiques vitales de notre planète », a écrit un ouvrage intitulé La Revanche de Gaïa (2006).
Le propos de Lovelock, assurément, est beaucoup moins caricatural que ce que laisse entendre le titre. Le chercheur britannique ne cherche pas à personnifier la Terre sous les traits d’une nouvelle divinité immanente encline à punir l’homme pour leurs méfaits écologiques. Et cependant, affirmant que Gaïa possède le « pouvoir de préserver les caractéristiques vitales de notre planète », n’ajoute-t-il pas à son propos une hypothèse qui, parce qu’elle dépouille la nature de sa part chaotique, contribue tout de même à faire de la Terre Mère la garante d’un ordre sacré et intrinsèquement bon ? N’entretient-il pas l’idée que les hommes seuls, en raison de leur hubris, perturbent les équilibres environnementaux et engendrent, de la part de la Terre, une action correctrice qui, possiblement, pourrait prendre la forme de catastrophes ?