Selfie, l’esthétique du nain de jardin
© WL pour PM
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Cet article est issu du numéro 80 de Philosophie magazine « 80 - juin 2014 », en kiosque le 28 mai 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ces autoportraits capturés par téléphone mettent en scène le spectacle très codifié du bonheur passé au filtre d’un miroir rétrécissant. Souriez, vous vous filmez !
Comme une caricature indécise qui se contenterait d’épaissir les traits, le selfie défigure toujours un peu celui qui le fait. Qu’il grossisse le nez ou qu’il fige le sourire, le selfie donne le sentiment que le visage est élastique. Et pour cause. Il faut avoir le bout du bras long – au point d’être à la fois ici et là-bas – pour se prendre en photo soi-même. Mais si long qu’on ait le bras, le résultat est inévitablement altéré par les procédures mises en œuvre pour sa réalisation. Se prendre soi-même pour objet, c’est immanquablement se rater : sur les selfies, même pris de face, on a la gueule en biais.
Autre conséquence du fait que l’auteur du selfie en est également le modèle : les selfies sont toujours des mises en scène qui, pour justifier l’inutile absolu d’une photo de soi-même, exagèrent la dimension drolatique ou singulière du moment ainsi immortalisé. On peut ici relever deux cas de figure.