02_Un acte de résistance

Temps de lecture : 5 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En nous arrachant au narcissisme contemporain, l’amour semble être un moyen de résister à l’injonction de jouir égoïstement que met en scène la société marchande. Ce que les philosophes anticapitalistes, de Zygmunt Bauman à Slavoj Žižek, confirment.

Dans l’ordre de l’aggravation des menaces qui pèsent sur nos existences, il y en a une qui surgit au cœur de nos vies intimes. Et si l’amour lui-même venait à se dissoudre dans les circuits glacés du capitalisme ? La question n’anime plus seulement les poètes, elle a fait son entrée dans le discours de philosophes labellisés « d’extrême gauche », et donc plus à l’aise avec la harangue politique qu’avec la méditation mystique. Tendant ainsi à faire de l’amour un combat de société. Celui qui va le plus loin sur l’échelle de la menace est Zygmunt Bauman, dans son essai L’Amour liquide (Le Rouergue, 2004). À « l’homme sans qualités » décrit par Robert Musil succède l’ambivalent « homme sans lien », aux prises avec des relations jugées soit insatisfaisantes, parce que trop lâches, soit insoutenables, parce que trop engageantes. À quoi certains pourront répliquer qu’on n’a jamais autant parlé d’amour qu’aujourd’hui – des loghorrées sentimentales des people aux envolées des philosophes médiatiques diagnostiquant une révolution de l’amour. Selon Bauman, cette inflation est inversement proportionnelle à la présence de l’amour dans la vie des gens : « Le fait est que l’attention des hommes tend de nos jours à se concentrer sur les satisfactions qu’ils espèrent recueillir de ces relations précisément parce que, d’une certaine manière, ils ne les ont pas trouvées pleinement et réellement satisfaisantes ; et lorsqu’elles le sont vraiment, le prix qu’elles demandent est souvent jugé excessif et inacceptable. » D’où les frauduleuses copies de l’amour qui tiennent le haut du pavé, constate Alain Badiou dans son Éloge de l’amour : la version libertaire, où seul le plaisir compte, et la version libérale, où seule la sécurité importe. Une relation garantie sans douleur et sans risque, vidant l’amour de sa vérité.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

ÉtatIndividu PolitiquePouvoirRomantismeUtopie