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Sherlock Holmes, le précurseur

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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le détective britannique partage avec Sigmund Freud le goût de reconstituer l’homme et de dévoiler des vérités cachées.

En 1887, les lecteurs britanniques découvrent Sherlock Holmes, un personnage qui va marquer l’histoire du roman policier. En créant cette figure emblématique, liée pour toujours au 221, Baker Street, sir Arthur Conan Doyle invente l’archétype du détective privé. Ascétique et dissolu, fin observateur, Sherlock Holmes dispose d’une érudition éclectique (chimie, toxicologie, balistique, graphologie) qui lui permet de résoudre les énigmes les plus retorses.

Ce qu’on sait moins, c’est que Sherlock Holmes a des points communs avec le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud. Grands consommateurs de tabac, ils ont aussi un faible pour la cocaïne et les raisonnements par association libre. Ils mènent leurs investigations à la marge des sciences officielles. Holmes s’indigne souvent des techniques utilisées par la police scientifique de son temps et Freud refuse la brutalité des traitements psychiatriques. Tous deux usent d’une méthode que l’historien et philosophe italien Carlo Ginzburg qualifiera d’« indiciaire » (1) : au sein de la réalité donnée, ils recherchent des indices permettant de révéler des significations cachées ou latentes. Au début du Chien des Baskerville, Holmes, à partir d’une canne, « reconstitue l’homme » à qui elle appartient. Pour Freud, cette méthode indiciaire consiste à mettre au jour les causes inconscientes d’un trouble, en partant d’éléments qui surgissent lors des séances avec ses patients, par un jeu subtil d’interprétation. En 1892, il soigne la paralysie d’Elisabeth von R., et dévoile un sentiment de culpabilité refoulé. La psychanalyse cherche à remonter de la pathologie à un « crime » occulté, le désir inconscient de cet œdipe…

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