Au travail
Solitudes à la chaîne
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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« J’ai au plus 1 min par voiture. » Christian connaît à la seconde près le temps imparti pour les retouches de peinture. Il travaille à la chaîne depuis près de trente ans dans l’industrie automobile. « On n’a plus le temps de penser, de discuter. Tout est fait pour qu’on ne parle pas aux collègues et qu’on ne se déconcentre pas. » Nadine, qui met en carton 14 poulets à la minute pour une chaîne agroalimentaire, confirme : « La dernière fois que j’ai échangé quelques mots avec ma voisine, j’ai reçu un petit papier rose. » Soit une convocation pour un entretien qui pouvait théoriquement aller jusqu’au licenciement. Elle en sort avec un avertissement de discipline. « Les employeurs préfèrent qu’on ne se parle pas. » Pourtant, « ces petites phrases et ces blagues, ça aide à tenir le coup, confie Dominique, qui abat jusqu’à 35 bœufs par heure. On essaie d’oublier la dureté du travail comme ça, même s’il faut suivre la cadence. » Impossible d’avoir un échange élaboré et suivi, c’est plus une ambiance : quelques interjections jetées çà et là, au-dessus du vrombissement des machines, qui humanisent une tâche purement mécanique.