Intraduisible

Sprezzatura

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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : italien

Formé à partir de sprezzare (« mépriser »), ce terme lié à l’idéologie aristocratique exprime l’élégance distante de celui qui, conscient de son excellence, se contente d’être sans accorder aucune importance à ce qu’il fait, ni à ce qu’on lui dit. Néanmoins, cette gracieuse indifférence ne saurait être confondue avec le naturel. La spontanéité dont il est ici question est simulée. Le concept trouve son origine dans Le Livre du Courtisan (1528) du comte Baldassare Castiglione. Tout au long de ce dialogue entre membres de la cour du palais ducal d’Urbino, l’auteur définit « la règle universelle » du savoir-paraître, sans lequel il n’y a pas de gentilhomme accompli. Si Cicéron dans l’Orator (46 av. J.-C.) saluait déjà la « négligence diligente » propre au « style simple » des écrivains attiques, Castiglione élargit cette norme rhétorique à une esthétique de la nonchalance, qu’il s’agisse de marcher, de danser ou de séduire. Gare à ceux dont la maladresse trahirait la volonté de plaire ! « Il faut fuir, autant qu’il est possible, comme un écueil très acéré et dangereux, l’affectation. » C’est pourquoi Castiglione lui préfère la sprezzatura, « qui cache l’art et qui montre que ce que l’on a fait et dit est venu sans peine et presque sans y penser ». Voilà qui préfigure l’effortless chic des magazines de mode américains et qu’incarne la figure mythifiée de la femme parisienne.