Stratagème n°10. Flattez !
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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Pour amadouer votre adversaire, faites-lui croire qu’il est plus intelligent que vous. L’orgueil étant
la chose du monde la mieux partagée, il est probable qu’il mordra à l’appât, baissera sa garde et s’exposera à un contre-argument fatal. Imaginons qu’un de vos amis vous recommande quelqu’un qui vous déplaît. Impossible de l’éconduire sèchement. Laissez-le parler. Retenez une de ses idées et affirmez : « Votre idée est géniale ; je n’y avais pas pensé. » Puis émettez un doute : « J’ai peur que cette idée reste incomprise. » Enfin contre-attaquez : « Vous m’éclairez, mais il est plus raisonnable de s’en tenir provisoirement à ma proposition initiale. » La véritable efficacité de ce stratagème se joue
dans la manière de placer l’attaque : il faut se faire flatteur jusque dans la phrase assassine. Par exemple, en disant : « Il serait indigne de votre intelligence de ne pas m’accorder ce point », ou encore : « Un homme comme vous, si expérimenté, ne peut que partager mon opinion. » L’astuce vient de ce qu’on ne se dit jamais plus fort que l’adversaire et même qu’on lui doit l’intelligence du débat. On se sert alors habilement des talents supposés d’autrui pour valoriser les siens. Idéalement, la conversation s’achèvera par une bonne poignée de main. Le perdant sera d’autant plus dupé qu’il repartira la tête haute, conforté dans son orgueil. Baltasar Gracián (1601-1658) avait déjà remarqué dans L’Homme de cour que les flatteurs « enchantent le présomptueux par le seul attrait d’une révérence ». Il le déplorait, mais, en bon jésuite, savait être révérencieux le cas échéant.