Tocqueville. Les extraits
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 92 de Philosophie magazine « Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ? », en kiosque le 20 août 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
On trouvera ci-après quelques-unes des plus belles pages que Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, a consacrées à l’inégalité. On y découvre qu’elle n’est pas seulement un repoussoir, mais aussi un aimant, qui nous attire irrésistiblement à l’intérieur d’une dynamique égalitaire. Ces textes sont en effet traversés par deux pôles antagonistes. D’un côté, on y sent l’enthousiasme de Tocqueville pour l’égalité, ce « fait générateur » de la société démocratique telle qu’il a pu l’observer aux États-Unis. De l’autre, le philosophe voit dans l’égalité une passion qui nous dévore, nous aveugle : pour elle, nous serions prêts à tout sacrifier, y compris notre liberté. Si bien que la passion de l’égalité nous pousse à recréer de nouvelles inégalités, car elle nous rend aigris et envieux : « la chance de réussir l’émeut, l’incertitude du succès l’irrite ; il s’agite, il se lasse, il s’aigrit », écrit Tocqueville du peuple découvrant les charmes et les affres de l’égalisation. Il ne reste finalement qu’un seul rempart à l’envie d’avoir ce que les autres ont : « Cette haine immortelle, et de plus en plus allumée, qui anime les peuples démocratiques contre les moindres privilèges, favorise singulièrement la concentration graduelle de tous les droits politiques dans les mains du seul représentant de l’État. » La dernière page de l’ouvrage résume magnifiquement l’esthétique romantique et tourmentée de Tocqueville, aristocrate épris de démocratie : « Le spectacle de cette uniformité universelle m’attriste et me glace », confesse-t-il. Mais admirant l’égalité, il reconnaît tout en même temps que « sa justice fait sa grandeur et sa beauté ».