Tocqueville. L’Œuvre
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Cet article est issu du numéro 92 de Philosophie magazine « Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ? », en kiosque le 20 août 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Tocqueville a seulement 30 ans lorsque paraît le premier tome de De la démocratie en Amérique. Il rentre alors d’un voyage de presque un an à travers les États-Unis : dans ce pays de l’égalité et de la liberté, le jeune aristocrate découvre le laboratoire de la démocratie. Alors qu’à cette époque, l’Angleterre, avec sa monarchie parlementaire, est souvent prise pour modèle, Tocqueville est convaincu qu’il faut se tourner vers le Nouveau Monde pour comprendre l’avenir politique de notre pays, c’est-à-dire anticiper l’avènement de la démocratie. Il ne s’agit pas d’imiter le modèle américain mais de « montrer, par l’exemple de l’Amérique, que les lois et surtout les mœurs pouvaient permettre à un peuple démocratique de rester libre ». Dès 1835, Tocqueville entreprend la rédaction d’un second tome, moins descriptif, plus philosophique, au risque de s’épuiser : « il faut à tout prix que j’achève ce livre. Entre lui et moi c’est un duel à mort ; il faut que je le tue ou qu’il me tue ». Pour ce nouveau volume, publié en 1840, un nouveau titre est d’abord envisagé : « L’Influence de l’égalité sur les idées et les sentiments des hommes ». En effet, le rapport conflictuel entre égalité et liberté est plus que jamais au centre de ses préoccupations. Dans le premier tome, Tocqueville repérait déjà que la démocratie pouvait mener à la tyrannie de la majorité ; dans le second, il explore toute l’ambivalence de l’égalité : si cette valeur fondamentale de la démocratie émancipe, donne le goût d’être libre, elle peut aussi conduire au despotisme, à travers le règne de l’État providence. Succès immédiat aux États-Unis, l’ouvrage a été longtemps éclipsé en France par les études marxistes avant d’être redécouvert au milieu du XXe siècle sous l’égide de Raymond Aron.