Sciences
Trous noirs : un prix Nobel métaphysique
Image prise par le télescope spatial Hubble de la galaxie en spirale NGC 4845, située à plus de 65 millions d’années-lumière dans la constellation de la Vierge. Comme toutes les galaxies, sa région centrale (ici, la zone la plus brillante) contient en son cœur un trou noir supermassif. © Nasa
S’il existe au moins un objet métaphysique dans l’Univers, c’est bien le trou noir. « On ne sait pas ce qu’il contient et on n'en a aucune idée », a déclaré l’Américaine Andrea Ghez, qui partage le prix Nobel de physique 2020 avec le Britannique sir Roger Penrose et l’Allemand Reinhard Genzel. Drôle d’objet aussi commun que mystérieux : rien que dans la Voie lactée, il y en aurait plusieurs centaines de millions – des joufflus et des anorexiques, des riquiquis et des gigantesques, des ultra-massifs et des microscopiques. Mais on ne peut pas les voir, sauf indirectement, étant donné que rien ne s’en échappe, pas même la lumière. Alors on a appris à détecter leurs effets, un peu comme l’homme invisible dont on ne voit pas le corps mais seulement la déformation qu’il provoque sur le matelas où il sommeille. D’où la sensation qui a entouré la première « photo », prise en juin 2019, d’un trou noir supermassif, Sagittarius A, au centre de notre galaxie et qui vaut leur prix à Genzel et Ghez, tandis que Penrose se le voit attribuer pour avoir découvert « que la formation d’un trou noir est une prédiction solide de la théorie de la relativité générale ». Comprenez que les effets gravitationnels de Sagittarius A confirment la théorie d’Einstein.
Reste que ces fascinants trous noirs restent énigmatiques : en 1974, Stephen Hawking a calculé qu’ils s’évaporent et que cette fuite entraîne une destruction d’information qui est impossible en mécanique quantique. Dans un entretien qu’il nous a accordé en 2011, Sir Roger Penrose évoquait une possible sortie de ce paradoxe. De la physique à la métaphysique.