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Twitter : vox populi, vox dei ?
Portrait d’Elon Musk et de son compte Twitter. Illustration : © Jonathan Raa/NurPhoto/AFP
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C’est par cet adage qu’Elon Musk a commenté les résultats du sondage lancé par ses soins, censé décider de la réintégration de Donald Trump sur Twitter. 52% ont voté pour. Mais en regardant de plus près la formule, on se demande si le nouveau patron de l’oiseau bleu est vraiment démocrate…
Au premier abord, la formule employée par Musk, vox populi, vox dei, a tout l’air d’une profession de foi démocratique : la volonté du peuple est absolument souveraine ; avec l’avènement de la modernité politique, qui a aboli toute sanctification religieuse du pouvoir, ce n’est plus la voix divine qui fait loi, par l’entremise de ses représentants royaux, mais la voix populaire de la multitude. Le peuple, dans la diversité des manières dont il s’exprime, est désormais le point de référence incontournable.
L’histoire de la formule est en réalité plus complexe, et la formule elle-même plus ambivalente. Elle naît au Moyen Âge, dans un contexte qui, en réalité, n’est pas politique mais d’abord religieux : elle détermine, jusqu’au XIIe siècle – avant que l’Église catholique ne mette en place un processus institutionnel de canonisation – le mode de reconnaissance des saints. Le saint est saint par la popularité et la notoriété que ses actes lui ont conféré. Ludwig Feuerbach, l’auteur de L’Essence du christianisme (1841), y verrait un trait typique du christianisme, religion populaire pleine de superstitions, qui s’en remet à la foule plutôt qu’aux savants : « Les évangélistes étaient loin d’être des hommes scientifiques, et facilement le proverbe se réalisa qui dit : vox populi, vox dei. » D’un point de vue théologique, il faudrait en un sens renverser la formule : vox dei, vox populi : Dieu s’exprime par l’entremise de la multitude, qui n’a aucune vertu décisionnelle par elle-même. Il n’est pas question de sacraliser la volonté populaire comme remplaçant l’absolu divin.