‘Umrân

Temps de lecture : 1 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 134 de Philosophie magazine « Pourquoi sommes-nous si fatigués ? », en kiosque le 24 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : arabe

En français, on traduit ce terme arabe par « civilisation », parfois par « urbanisation ». Par « société » aussi. En vérité, on se contente souvent de ne pas le traduire. C’est que l’‘umrân rassemble plusieurs groupes de significations difficiles à résumer en un mot. Il désigne à la fois les terres habitées et le mode de vie particulier que les hommes y adoptent, comme dans les expressions ‘umrân badawî et ‘umrân hadarî, qui désignent la civilisation bédouine et urbaine. L’‘umrân, apparenté au substantif ‘umr (« vie », « durée de vie »), a également une connotation organique, comme s’il s’agissait d’un être en développement dont on peut suivre l’évolution de la naissance à la mort. C’est pour cette raison que le penseur Ibn Khaldun (1332-1406) en fait l’objet privilégié de l’Histoire. La « science de l’‘umrân », comme il la nomme, prétend découvrir les lois selon lesquelles naissent, croissent, puis meurent les dynasties successives du monde arabo-musulman médiéval. Elle décrit comment les communautés bédouines nomades s’orientent vers un mode de vie de plus en plus sédentaire, jusqu’à aboutir à des civilisations urbanisées, à la cohésion plus faible, que finit par renverser une nouvelle communauté, plus forte, de nomades. En ce sens, l’‘umrân est un concept géopolitique autant qu’historique.