Édito
Un drôle d’oiseau
© Charles Berberian
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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Vendredi soir, je me trouvais, dans le métro, un peu fatigué, cahotant, les yeux rivés sur le linoléum de la rame, quand une voix a tonné : « Messieurs Dames, bonsoir, excusez-moi de vous déranger… »
L’homme portait un sac à dos lourd et rafistolé par des épingles à nourrice. Il avait un corps maigre, qui contrastait avec son visage tuméfié. Ses lèvres, surtout, bourgeonnaient. Le froid. L’alcool. Le tabac. Qui sait. Il devait avoir les semelles reliées au rail de courant de la voie, alimenté en continu à 750 volts, car une électricité peu ordinaire le traversait.
« Mesdames Messieurs, je sais, c’est pas facile, vous en entendez pas mal des comme moi, ça défile toute la journée, mais voilà, j’ai quelque chose à vous dire : je vous hais. Je vous déteste carrément. Vous êtes des porcs. Vous êtes des hypocrites et des lâches. Vous avez honte de me regarder en face parce que vous savez que vous êtes trop moches. J’aimerais vous voir crever, vous et votre égoïsme. Vous et votre petit confort. Oui, je vous hais du fond de mon cœur. »