Un érudit précoce et ambitieux

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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Mort à 31 ans, coureur de jupons, tête bien faite et pleine, culot monstre et affamé de célébrité… Pic de la Mirandole est-il la rock star de la Renaissance ?

« Un esprit admirable et presque divin », dit-on de lui. De son vivant, Jean Pic de la Mirandole fait déjà l’objet d’une légende louangeuse. Il voit le jour le 24 février 1463 dans une famille aristocratique. Son père, condottiere, est le titulaire du comté de la Mirandola et de la principauté de Concordia, dans la vallée du Pô. De naissance, Pic est donc prince de la Concorde, un nom quasi prédestiné. Sa mère l’initie au raffinement des arts et des lettres et l’inscrit, alors qu’il n’a pas 15 ans, à la faculté de droit de Bologne, qu’il quitte dès qu’elle décède, doté d’un bel héritage. Finies, les connaissances acquises scolairement, à lui l’exploration du savoir au gré de sa curiosité sans limites ! Théologie, philosophie, poésie, mais aussi mondanités et aventures amoureuses, Pic se forge une réputation d’érudit coureur de jupons. Dans les années 1480, il se lie d’amitié avec les puissants et fins lettrés du temps : Laurent de Médicis, Marsile Ficin, Ange Politien… De quoi gagner le culot qu’il faut, à 24 ans, la tête bien pleine, certes, mais toujours sans diplôme, pour convier à Rome le pape et les meilleurs esprits de l’époque pour débattre d’une synthèse de tous les savoirs qu’il rédige en « 900 thèses ». Après cela, écrit-il à un ami, « tu te demanderas en quoi l’aide d’autrui pourra encore m’être utile dans le domaine des lettres ». Ce manque de modestie lui attire à l’occasion des ennuis : l’histoire retient le « rapt de Marguerite », aventure soldée par quinze morts et un séjour au cachot. Sa déconfiture lui laisse le temps de préparer la disputatio romaine… qui n’aura finalement pas lieu. Le pape Innocent VIII lance une enquête sur les thèses de Pic, accusé de mettre en danger la foi chrétienne. Cette nouvelle déconvenue le conduit à mener désormais une vie retirée du monde, à Florence. Étude des notions d’être et d’un chez Aristote et Platon, projet de prendre la route nu-pieds pour prêcher l’Évangile, c’est sous le régime de cette « conversion » que Pic s’éteint le 17 novembre 1494, emporté par une fièvre dans sa trente-deuxième année.

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