Une juste connaissance du monde
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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les Lettres à Ménécée et Pythoclès, que nous publions presque dans leur intégralité, correspondent l’une au versant éthique de la doctrine épicurienne, l’autre à son versant métaphysique. L’indifférence des dieux nous libère de la crainte de leur colère et nous rend notre autonomie quant à la définition des « éléments du bien vivre ». Épicure ne défie pas les dieux, mais défend au contraire ce qu’il revendique comme les véritables « opinions pieuses sur les dieux ». En découle l’idée que seul le néant nous attend après la mort, soit la « privation de sensation », de quoi paradoxalement « jouir du caractère mortel de la vie ». Comment bien mener cette vie ? En tendant à la sagesse par la distinction des « désirs naturels » et des désirs « vides » : la poursuite des richesses demeure vaine quand « le pain et l’eau donnent le plaisir le plus élevé ». Quand l’homme ordinaire s’en remet au mythe pour comprendre le monde, le sage, « physicien », « présente une nécessité que l’on ne peut détourner ». C’est ce que développe la Lettre à Pythoclès en examinant phénomènes météorologiques et astronomiques. Expliquer « ce qui apparaît », le monde que nous avons sous les yeux, suppose d’adopter d’abord une explication unique : notre univers est une immensité infinie de vide peuplée d’atomes. De là découlent plusieurs hypothèses, les « modes », quant à la formation des « corps célestes », des nuages ou de la foudre. Cette dernière n’a pour le philosophe aucun rapport avec la manifestation d’une quelconque colère divine. « Que seulement soit banni le mythe ! » : ainsi le sage peut-il espérer acquérir une juste connaissance du monde et se faire par là semblable… aux dieux.