Brésil / Politique

Vladimir Safatle : “Ce nouveau régime est post-traumatique”

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Jair-Bolsonaro

© Marcelo Camargo/Agência Brasil

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Cet article est issu du numéro 125 de Philosophie magazine « Et vous, comment faites-vous la fête ? », en kiosque le 28 novembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’élection d’un président d’extrême droite, nostalgique de la dictature, plonge le Brésil dans l’inconnu. Or les causes de ce vote, analyse le philosophe brésilien Vladimir Safatle, sont plus profondes que l’on ne croit.

La victoire d’un candidat comme Jair Bolsonaro est-elle inédite dans le monde d’aujourd’hui ?

Vladimir Safatle : Complètement. Le Brésil devient le laboratoire mondial où s’articulent ultra-néolibéralisme et tendances autoritaires et fascistes. Cela peut rappeler l’ère Pinochet, au Chili, mais la différence est que Bolsonaro a été élu, contrairement au dictateur chilien. C’est complètement singulier dans l’histoire de l’Amérique, et cela crée une pression nouvelle que nous allons découvrir. Par ailleurs, dans le monde d’aujourd’hui, ce sont plutôt des régimes populistes antilibéraux qui triomphent. Comment cette formule inédite est-elle arrivée au pouvoir ? Pas par un processus ouvert et transparent, comme c’est le cas dans les démocraties libérales, mais par une campagne obscure, dont personne n’a mesuré le déploiement. Elle s’est principalement faite sur la messagerie WhatsApp avec 50 millions de messages par jour envoyés par l’équipe de Bolsonaro. Beaucoup des vidéos qui y étaient postées étaient truquées, mélangeant, par exemple, des manifestations féministes avec des images de femmes nues profanant des objets sacrés. Je suis persuadé que ce type de méthodes, inauguré au Brésil, sera bientôt utilisé dans d’autres pays.

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