Deuxième tour de l’élection présidentielle au Brésil
Vladimir Safatle : “Si Bolsonaro était réélu, on pourrait assister à un tournant autoritaire terrible”
L’actuel président brésilien et candidat à un second mandat Jair Bolsonaro à Brasilia, Brésil, le 24 octobre 2022. © Mateus Bonomi/Agence Anadolu/AFP
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Jair Bolsonaro peut-il finalement battre Lula, lors du second tour de la présidentielle dimanche 30 octobre ? Éclairage du philosophe brésilien Vladimir Safatle, candidat malheureux à l’élection parlementaire du 2 octobre, qui a récemment publié en France Le Circuit des affects. Corpos politique, détresse et la fin de l’individu (Le Bord de l’eau).
D’après les derniers sondages pour le second tour de la présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro est donné au coude à coude avec Lula. Comment est-ce possible, après un mandat souvent désastreux, en particulier en ce qui concerne la gestion de la pandémie de Covid-19 ?
Vladimir Safatle : Il faut bien comprendre ce que représente Bolsonaro. Son projet est celui d’une révolution conservatrice. Bien sûr, il s’appuie sur des éléments réactionnaires de la société, comme les mouvements évangéliques. Mais sa vision est en même temps une vision de rupture capable de capter les désirs anti-institutionnels enracinés dans une société clivée, en partie déçue par les promesses manquées de développement de notre démocratie. Le projet de Bolsonaro n’est pas un simple projet de gouvernement, égrenant ldes mesures économiques, c’est un projet de société fondé sur un combat culturel. Un projet – je pèse le mot – fasciste. Il y a une histoire du fascisme brésilien. Dans les années 1930, le parti fasciste brésilien, l’Action intégraliste brésilienne de Plínio Salgado, comptait 1,2 million de membres, ce qui en faisait l’un des plus grands partis fascistes du monde hors Europe. Cette histoire, souvent occultée, resurgit à travers Bolsonaro. Il y a une identification profonde, idéologique, d’une partie de la société brésilienne à son projet. Bolsonaro peut s’appuyer sur un vote organique qui n’est pas affecté par ses échecs évidents. Il n’a jamais eu moins de 30% de soutien populaire, y compris dans les pires moments de la pandémie. C’est considérable.