Voyage en pixarosophie
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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Depuis quinze ans, les films d’animation des studios Pixar ont renouvelé un genre réservé jusque-là aux enfants. Le message derrière ce succès ? Une investigation poussée du réel et une critique des dérives de nos démocraties à partir d’une esthétique neuve.
Pixar. Les longs métrage
- 1995 Toy Story
- 1998 1001 Pattes
- 2000 Toy Story 2
- 2001 Monstres & Cie
- 2003 Le Monde de Nemo
- 2004 Les Indestructibles
- 2006 Cars
- 2007 Ratatouille
- 2008 Wall-E
- 2009 Là-haut
- 2010 Toy Story 3
Vers l’infini, et au-delà ! La devise des studios Pixar est un manifeste métaphysique. Là où Disney vend du rêve, des petites souris et des châteaux de contes de fées, le studio, créé en 1979, s’occupe de réinventer le réel. Au début, Pixar n’était qu’une division de LucasFilm, appartenant à George Lucas, le créateur de La Guerre des étoiles, et chargée de travailler sur les effets visuels par ordinateur pour des films « normaux ». En 1986, Steve Jobs, le fondateur d’Apple, rachète la société. En quelques années, Pixar, notamment grâce à l’un de ses employés, John Lasseter, refonde le film d’animation grâce aux images de synthèse mimant la photographie. Après des films publicitaires et des courts métrages, Lasseter signe Toy Story, il y a exactement quinze ans, premier d’une liste impressionnante de succès, de records au box-office et d’oscars. Malgré la concurrence des studios DreamWorks, fondés, entre autres, par Steven Spielberg (Shrek, Madagascar), les productions Pixar ne se sont pas affadies. Au contraire, le rachat par Disney, en 2006, a comme intensifié un désir d’indépendance esthétique. Les derniers films, notamment Wall-E et Là-haut, sont parmi les plus poétiques. La clé de ce triomphe est à rechercher dans un nom. Pixar, ou comment transformer les pixels, ces froides unités de surface d’images numériques, en une nouvelle forme d’art. En effet, l’innovation technique qui entraîne un hyperréalisme a poussé les scénaristes et les animateurs à interroger radicalement notre rapport au monde. Du coup, les questions posées à notre société sont aiguës et parfois dérangeantes dans des films d’abord destinés aux enfants. Quand technologie, métaphysique et mauvais esprit font bon ménage…
Toy Story
Pour une ontologie du jouet
Pourquoi une histoire de jouets qui prennent vie quand les êtres humains ont le dos tourné a-t-elle révolutionné l’histoire du divertissement ? Après tout, nous connaissions déjà, dans le genre, Casse-Noisette et Pinocchio. Parce qu’il s’agit du premier film entièrement réalisé en images de synthèse ? Pas uniquement. Puisque, grâce à l’informatique, les humains et les jouets semblent aussi réels les uns que les autres, il convient désormais de redéfinir leur être. La question d’ordre ontologique se pose dans chaque épisode de la trilogie : que signifie être un jouet ?