Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Comment rester joyeux et libre dans une ville industrielle sous une dictature interminable ? Boris Mikhailov, photographe né en 1938 à Kharkov, en Ukraine, y est parvenu avec panache. En feuilletant le catalogue de la rétrospective que lui consacre jusqu’au 15 janvier la Maison européenne de la photographie, on suit une œuvre qui raconte l’histoire de son pays, de la grise URSS à la guerre d’aujourd’hui, en passant par la révolution du Maïdan. Comment s’y est-il pris pour ne pas céder à la déprime générale ? Premier ingrédient, l’érotisme : le jeune Mikhailov est chassé de son travail pour avoir pris des photos de nus – la chair, le sexe sont partout dans ses clichés. Le deuxième est l’humour, entre parodies de vacances de luxe en Crimée, autoportraits grotesques ou détournements de photos officielles. Troisième ingrédient, l’invention perpétuelle : coller quatre photos sur la même feuille, créer des surimpressions de diapositives pour un effet psychédélique. Le quatrième est l’attention au réel. On est plongé dans le quotidien des Soviétiques, qui attendent le tramway, défilent lors de manifestations du régime, font la queue devant les magasins. On voit aussi des SDF des années 1990 se déshabiller sous l’objectif : images insoutenables. On con-temple les usines délabrées. L’Ukraine est là, sans fards. Mais le plus beau est que la liberté éclate jusque dans les vies les plus ordinaires : sur les plages bondées, dans l’épanouissement des corps, lors de cours de danse auxquels participent les personnes âgées. En Ukraine, chacun s’invente des petites libertés, juste pour rester humain. Mais pour la restituer dans sa densité, il faut les compositions, les couleurs, les lumières d’un grand artiste, et le regard attendri d’un Mikhailov.
Figure hétérodoxe et presque oubliée du mouvement bolchevique, Alexandra Kollontaï proposait un nouveau régime amoureux, fluide et multiple, seul à même d…
Traducteur des grands écrivains russes, imprégné de son histoire et de sa culture, André Markowicz publie un essai bref et incisif sur la guerre en Ukraine. Il…
Tilly Norwood a été présentée au dernier Festival du film de Zurich. Or cette actrice n’est pas humaine. Elle a été créée par une intelligence…
Tilly Norwood a été présentée au dernier Festival du film de Zurich. Or cette « actrice » n’est pas humaine. Elle a été créée par une intelligence…
« Âme slave », vodka, violons tsiganes… La Russie a toujours convoqué l’imaginaire d’un ailleurs exotique – et plein de poncifs. Dans son dernier…
L’idée d’un « catastrophisme éclairé », forgée par Jean-Pierre Dupuy, a gagné en audience ces dernières années. La peur peut-elle être bonne…
Alors que la Hongrie vient de faire entrer en vigueur une loi contre la « promotion » de l’homosexualité, malgré une sanction annoncée…
Nowstalgie – le concept esquissé par Gérald Bronner dans son dernier essai À l’assaut du réel – a, à première vue, l’air d’un oxymore. Comment…