“Ce que nous devons à Haïti”, de Magali Bessone : pour une justice transformatrice

Une recension de Cédric Enjalbert, publié le

Reconnaître, restituer, réparer. Voici l’ambition affichée par notre Assemblée nationale, en juin 2025, avec l’adoption d’une résolution « visant à la reconnaissance, au remboursement et à la réparation par la France de la double dette d’Haïti ». Cette injustice, estimée par des journalistes du New York Times à près de 27 milliards de dollars, couvre les crimes coloniaux mais aussi un retard de développement. En effet, en 1825, la France a exigé de son ex-colonie une somme colossale pour lui concéder son indépendance. Une somme dont Haïti a dû s’acquitter en s’endettant auprès de banques hexagonales, reconduisant ainsi durant deux siècles une domination économique. « Les demandes d’Haïti renvoient à ces injustices du passé qui n’ont pas été réparées en leur temps, qui ne peuvent plus l’être par des moyens juridictionnels classiques », constate Magali Bessone dans cet ouvrage. Pour la philosophe, réparer, ce n’est pas seulement compenser un crime ou restaurer une situation antérieure. Il s’agit, surtout, de rendre justice non en corrigeant simplement le monde mais en le transformant. « Les inégalités injustes du présent sont telles parce qu’elles proviennent de structures injustes héritées du passé colonial, qu’il faut donc modifier », assure l’autrice, qui plaide ici pour « un recadrage normatif de la justice réparatrice comme justice sociale globale ». Globale, car revenir sur « l’histoire d’Haïti » permet de « mieux comprendre la “nôtre” », en comblant nos lacunes, tout en reconnaissant nos oublis et nos dénis.

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