Magali Bessone : “Les talents et les revenus sont rarement en parfaite correspondance”

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Cet article est issu du numéro 128 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une société juste ? », en kiosque le 28 mars 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la philosophe Magali Bessone, la “Théorie de la justice” de Rawls devrait inspirer la gauche, même si elle tend à faire l’impasse sur les inégalités entre les genres et les groupes ethniques.

Quelles sont les critiques les plus pertinentes de la Théorie de la justice de John Rawls ? 

Magali Bessone : On a assisté à deux vagues de critiques. Une première porte sur la manière dont elle pouvait être appliquée ou complétée. L’égalité des droits et des chances que Rawls préconise ne vise-t-elle que des individus abstraits ou doit-elle également cibler des groupes qui subissent des discriminations spécifiques du fait de l’histoire ? C’est le débat autour de la discrimination à l’égard des femmes ou des inégalités de genre. Ensuite, ne faut-il pas viser une égalisation des capacités réelles de fonctionnement des personnes, comme le fait de pouvoir changer de pays quand sa vie est en danger ? Enfin, Rawls considère qu’une société juste doit corriger les inégalités qui résultent de circonstances échappant au contrôle des individus, comme le fait que les enfants nés dans des groupes sociaux désavantagés ont moins de chance de faire des études supérieures. Mais ne pourrait-on pas imaginer que les inégalités dont nous sommes responsables par nos choix de vie individuels puissent aussi faire l’objet d’une compensation collective ? Si je choisis de devenir acteur mais qu’il apparaît que j’ai surestimé mes talents, est-il juste que je sois « sanctionné » ? 

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