“Perspectivisme cosmologique”, d’Eduardo Viveiros de Castro : un grand anthropologue nous fait entendre les voix de la nature

Une recension de Martin Duru, publié le

Qu’est-ce que cela fait d’être un jaguar ? Pour lui, le sang n’est pas du sang ; c’est de la bière de manioc. Les hommes ne sont pas des hommes mais des proies animales, des pécaris. Dans la pensée de nombreux peuples amazoniens, humains et non-humains perçoivent le monde différemment. 

Évoluer au sein d'un “multinaturalisme”

Cette conception selon laquelle la réalité est appréhendée « à partir de points de vue distincts », voilà ce qu’Eduardo Viveiros de Castro nomme le « perspectivisme ». Ce concept est au cœur du travail de l’anthropologue brésilien, qui l’a ébauché lors de conférences données en 1998 et réunies ici en un seul volume. D’une lecture difficile, Viveiros de Castro ne fait pas que reconnaître à certains animaux le statut de « personnes », démettant l’homme de son piédestal, il bouscule également le dualisme moderne de la nature et de la culture. Loin d’être universelle et invariante, la nature, qui diffère donc selon les points de vue, est foncièrement plurielle. Avec ce « multinaturalisme », et l’idée qu’il existe diverses manières de faire monde, Viveiros de Castro est avec Philippe Descola l’un des représentants du « tournant ontologique » de l’anthropologie. 

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