L’aventure d’un classique

Lévi-Strauss et l’anthropologie sociale

Frédéric Manzini publié le 3 min

Dans la conclusion de sa leçon inaugurale au Collège de France, le 5 janvier 1960, Lévi-Strauss justifie la création tardive de la chaire d’anthropologie sociale et, se demandant si elle n’est pas une « séquelle du colonialisme », repense le concept d’humanisme.

 

Claude Lévi-Strauss, 
« Leçon inaugurale au Collège de France », 5 janvier 1960.

 

« Pourquoi cette chaire fut-elle créée si tard ? Comment se peut-il que l’ethnographie n’ait pas reçu sa place, quand elle était encore jeune, et que les faits gardaient leur richesse et leur fraîcheur ? Car c’est en 1558 qu’on se plaît à imaginer cette chaire établie, alors que Jean de Léry, revenant du Brésil, rédigeait son premier ouvrage. […].

Les circonstances de son apparition ont un sens, compréhensible seulement quand on les replace dans le cadre d’un développement social et économique particulier : on devine alors qu’elles s’accompagnent d’une prise de conscience – presque un remords – de ce que l’humanité ait pu, pendant si longtemps, demeurer aliénée à elle-même ; et, surtout, de ce que cette fraction de l’humanité, qui a produit l’anthropologie, soit celle-là même qui fit, de tant d’autres hommes, un objet d’exécration et de mépris. Séquelle du colonialisme, dit-on parfois de nos enquêtes. Les deux choses sont certainement liées, mais rien ne serait plus faux que tenir l’anthropologie pour le dernier avatar de l’esprit colonial : une idéologie honteuse, qui lui offrirait une chance de survie.

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