“Que sommes-nous ?”, d’Eric T. Olson : en quête de propriétés

Une recension de Ariane Nicolas, publié le

Y a-t-il question plus monumentale que celle de savoir ce que nous sommes ? En deux mille cinq cents ans, les philosophes ne l’ont pas épuisée, à tel point que le combat définitionnel semble perdu. Eric T. Olson, philosophe américain enseignant en Angleterre, à l’université de Sheffield, s’arme de son bagage analytique pour la réactualiser. Dans une argumentation méthodique et enjouée, l’auteur décompose les difficultés du problème à travers une série de réfutations nourries, sinueuses, souvent déroutantes. Il dégage sept grandes possibilités, comme autant de pelotes de laine à démêler. Nous serions des animaux, des choses, des cerveaux (pour la partie matérielle), mais aussi des morceaux de temps, des états mentaux, des âmes… et peut-être même rien du tout. Les auteurs classiques, tels que Locke et Hume (qu’il préfère au premier), côtoient des philosophes plus méconnus sur le continent, que le lecteur se plaît à rencontrer, à défaut de toujours les comprendre : Shoemaker, Rovane, Lewis, Strawson, Wiggins… Le « constitutionnalisme » dialogue avec le « quadridimensionalisme », la « doctrine du soi sans propriétaire » croise l’« ontologie clairsemée ». Des moitiés de cerveaux gambadent dans des laboratoires, une statue d’argile, un exemplaire de Moby Dick corné ou un ordinateur en panne deviennent des supports de méditation insoupçonnés. Et Olson, dans tout ça ? Sa préférence va à l’« animalisme », l’idée que nous serions métaphysiquement des organismes, c’est-à-dire des « particuliers concrets » capables de « persister sans continuité psychologique ». En somme, la pensée ne nous définit pas. Pas si évident, venant d’un homme capable d’écrire : « Quel genre de chose est un chien endormi, et quelle relation a-t-il avec un chien ordinaire qui peut être endormi ou non ? » C’est vrai, tiens : qu’en pensent les chiens ?

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