Vies perdues : La modernité et ses exclus

Une recension de Marion Rousset, publié le

La production de rebut humain est-elle le corollaire de la modernité ? C’est ce que dénonce Zygmunt Bauman, sociologue et philosophe polonais, dans un essai dérangeant. Dans un monde tout entier tourné vers le progrès, les sans-emploi, les pauvres et les immigrants, qui appartiennent à la horde des individus improductifs, sont autant d’existences inutiles, séparées du corps social et assimilées aux déchets industriels et ménagers dont la planète ne réussit plus à se délester. L’univers globalisé croule sous les détritus humains sans parvenir à les recycler ni à les balayer. Les décharges traditionnelles ont commencé à manquer, si bien qu’il a fallu en inventer de nouvelles.

Au xixe siècle, pour nettoyer les quartiers difficiles de Paris, on déportait à l’étranger « la population en surplus, incapable de trouver un emploi rémunéré ou de conserver un statut social précédemment gagné ou hérité dans son pays d’origine ». A l’ère de la globalisation, phase « la plus prolifique et la moins contrôlée » du processus de fabrication d’êtres rejetés, les ghettos urbains et les prisons pallient la disparition des lointains sites de débarras. Nourri d’images récurrentes et de références éclectiques (Kafka, Michel-Ange, Giorgio Agamben), Vies perdues. La modernité et ses exclus décrypte les logiques d’exclusion à l’œuvre dans la vie moderne.

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