4/ De Nadejda Tolokonnikova à Slavoj Žižek
16 avril 2013. Cher Slavoj,
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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le capitalisme contemporain aurait-il réellement surmonté la logique de la normalité totalisante, de la hiérarchisation et de la normalisation ? Ce n’est peut-être pas le cas. Mais il désirerait nous persuader qu’il l’a surmontée.
Vous mentionnez des zones qui font partie du système capitaliste mondial, où l’application des normes de droit qui limitent l’exploitation est partiellement suspendue. En ce moment, je me trouve dans l’une de ces zones économiques libres. Je la vois et la ressens directement.
Quant au côté antihiérarchique et rhizomatique1 du capitalisme tardif, il n’est autre chose qu’une publicité réussie. Vous et Brian Massumi avez raison d’affirmer que le capitalisme contemporain a besoin de se montrer souple, voire excentrique. Tout est bon pour prendre possession des affects du consommateur. En revanche, ce « capitalisme de velours » peut se permettre de montrer une face très différente au producteur (en particulier, s’il ne fait pas partie d’un centre de business high-tech). La logique de la normalité totalisante continue à fonctionner dans les régions qui assurent la base matérielle de tout ce qui est créatif, mobile et nouveau dans le système du capitalisme tardif. Dans ce monde différent, dissimulé, agit la logique de la normalité inébranlable, de la stabilité en béton armé. Les travailleurs de ces régions n’ont droit à aucune excentricité ; c’est l’unification et la statique qui y règnent. Ce n’est pas pour rien que la Chine autoritaire est en passe de devenir l’un des leaders économiques mondiaux.