1/ De Slavoj Žižek à Nadejda Tolokonnikova
2 janvier 2013. Chère Nadejda,
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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
J’espère sincèrement que vous avez pu organiser votre vie en prison autour de petits rituels qui rendent votre séjour au moins tolérable et que vous avez le temps de lire. Votre triste situation m’inspire les réflexions suivantes.
Comment expliquer que les performances des Pussy Riot suscitent des réactions aussi violentes en Russie et ailleurs ? Les médias occidentaux sont partagés : ils prenaient votre parti tant qu’ils voyaient en vous une nouvelle forme de contestation libérale-démocratique contre l’État autoritaire. Mais quand ils ont compris que vous dénonciez aussi le capitalisme mondialisé, les journalistes se sont montrés plus réservés et nombre d’entre eux ont même dit « comprendre » vos détracteurs. Pourquoi donc ? Parce que les Pussy Riot exposent au grand jour la continuité entre stalinisme et capitalisme mondial contemporain.
Dans l’un des derniers entretiens accordés par Nicolae Ceaușescu avant sa chute, un journaliste occidental lui demandait pourquoi les citoyens roumains ne pouvaient voyager à l’étranger, alors que la liberté de circulation était garantie par la Constitution. Le Conducător avait répondu : certes, la Constitution garantit la liberté de circulation, mais elle garantit aussi le droit à la sécurité et à la prospérité. Nous sommes donc confrontés à un conflit de droits : autoriser les Roumains à quitter le pays mettrait en péril l’identité et la prospérité de leur patrie. À choisir, c’est le droit à un pays sûr et prospère qui l’emporte.