Polémique
Abaya : pourquoi cherche-t-on à figer le sens d’un vêtement ?
Illustration d’abaya. © Chris McGrath/Getty/AFP © Montage PM
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Habit confortable, façon d’affirmer sa culture, de cacher ses formes, d’exprimer son style, affiliation ostensible à l’Islam ? L’abaya peut signifier plusieurs choses en même temps, sans se réduire à une interprétation univoque. Pourquoi vouloir à tout prix figer le sens de ce vêtement ? Décryptage avec Roland Barthes.
Le vêtement équivoque
On veut souvent que l’habit fasse le moine, qu’il dise quelque chose de définitif sur la fonction, voire sur les intentions de celui qui le porte. À bien y regarder, pourtant, il n’y a rien de plus fluide et de plus subjectif que le sens que revêt un vêtement, pour celui qui le porte comme pour les autres. Si je porte un jogging, c’est peut-être parce que je suis sportive… ou parce que je souhaite être à l’aise, voire que je trouve cela joli ou tendance. Et pourquoi pas les trois en même temps ? Dans son Système de la mode (1967), Roland Barthes se donne pour mission d’analyser la manière dont on parle des vêtements, en utilisant la méthode de la sémiologie, qui consiste à étudier notre façon de créer des signes, de donner un sens, par la communication, à la texture confuse et bigarrée du réel. Il explique en l’occurrence que l’habit porté ou photographié est totalement disponible aux interprétations multiples et créatives. Chacun dispose ainsi « d’une certaine liberté » dans le sens qu’il donne à telle ou telle pièce de vêtement. À ce titre, l’on peut dire que l’abaya n’est pas univoque, mais équivoque. Pour l’exprimer en termes barthésiens, elle « fait signe » de plusieurs manières différentes. Cette tunique ample peut par exemple à la fois relever du culturel, car elle était initialement portée par les Bédouins pour affronter certaines conditions climatiques, et du cultuel, dans la mesure où elle est aujourd’hui très majoritairement arborée dans des pays musulmans.