Allemagne

​​​​​​​Angela Merkel ou la politique du “comme si”

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Essen (Allemagne), le 6 décembre 2016. La chancelière allemande Angela Merkel en meeting avec son parti, la CDU (Union chrétienne-démocrate)

Essen (Allemagne), le 6 décembre 2016. La chancelière allemande Angela Merkel en meeting avec son parti, la CDU (Union chrétienne-démocrate). © Tobias Schwarz/AFP

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Angela Merkel quittera ses fonctions dans la foulée des élections générales allemandes du 26 septembre. Après quatre mandats, elle a choisi de ne pas se représenter à sa propre succession. Le style politique singulier qu’elle a adopté au fil des années aura cependant marqué les esprit : une politique du « comme si », selon l’expression du philosophe Hans Vaihinger (1852-1933).

 

À première vue, on dirait presque un tableau de Vermeer, une scène à la fois calme et mélancolique. Cinq pêcheurs sont assis dans leur cabane en bois après leur journée de travail. Des bouteilles de bière traînent, des volutes de fumée flottent dans l’air. Et en plein milieu : Angela Merkel, 36 ans, écoute attentivement, un verre à liqueur à la main.

La photo, prise le 2 novembre 1990 dans le village de Lobbe, sur l’île allemande de la mer Baltique Rügen, montre la chancelière lors de sa première campagne. Un mois plus tard exactement, elle remportera l’élection dans la circonscription de Vorpommern-Rügen – Vorpommern-Greifswald I. Cette photo, qui semble hors du temps, symbolise la caractéristique fondamentale et le grand atout de l’approche de Merkel : son pragmatisme terre-à-terre.

 

© Ullstein Bild/Ebner

© Ullstein Bild/Ebner

 

Comme le confiait au Spiegel [l’un des plus célèbres magazines d’enquête et d’actualités en Allemagne] Hans-Joachim Bull, l’un des pêcheurs présents à l’époque, la jeune candidate CDU s’était simplement assise dans la cabane avec un collaborateur, pour boire deux schnaps. Elle parlait peu elle-même, mais écoutait beaucoup et relançait, de temps en temps, la discussion d’une question. En quittant la petite assemblée, elle s’engageait à prendre au sérieux les préoccupations de l’industrie de la pêche. Sans, toutefois, faire de promesses. Sa sortie à Lobbe a eu un impact incontestable. Bull a d’ailleurs révélé que les cinq pêcheurs avaient voté pour elle.

Vingt sept ans plus tard, peu de choses ont changé dans la recette politique – à succès – de Merkel. « Vague » et « prudente », mais aussi « sans prétention », « sans idéologie », « guidée par les faits » – au crépuscule de son quatrième mandat, la chancelière est, toujours, affublée des mêmes qualificatifs. Cette constance mérite d’être expliquée. Elle tend à faire oublier que Merkel a, aussi, été controversée jusque dans son camp, notamment par la frange conservatrice de son électorat. De la suspension du service militaire obligatoire à la politique migratoire en passant par la légalisation du mariage homosexuel, Merkel a été responsable de toute une série de changements au fort potentiel de polarisation.

C’est là que réside le premier paradoxe d’Angela Merkel : bien qu’elle ait pris un grand nombre de décisions politiques majeures particulièrement controversées dans son propre camp, elle a conservé une image intacte, non polémique, auprès de la classe moyenne. Deuxième paradoxe : Merkel a, presque toujours, réussi à agir de manière pragmatique, sans pour autant procéder de manière explicitement pragmatique. En d’autres termes : Merkel a cultivé un style de gouvernement qui, sans que l’on puisse dire à coup sûr qu’il est pragmatique, laisse systématiquement ouverte la possibilité qu’il le soit. 

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