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Annie Ernaux : “L’écriture de Sartre est un couteau qui décape les croyances”
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Cet article est issu du numéro 55 de Philosophie magazine « 55 - hiver 2011 », en kiosque le 24 novembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La romancière Annie Ernaux, lauréate du prix Nobel de littérature 2022, raconte sa découverte de Jean-Paul Sartre (qui avait refusé cette récompense en 1964).
« Quand j’étais en seconde dans un pensionnat catho, La Nausée m’est tombée par hasard entre les mains. J’ai été immédiatement empoignée par le “je”, la forme du journal intime, qui m’a jetée dans la poisse et la gratuité de l’existence, et par cette écriture de la proximité, antiromanesque, qui entraîne dans ce qui est au fond un trajet initiatique. Impossible pour moi de dissocier les idées de contingence, d’Absurde, de la vingtaine de pages hallucinantes où l’existence dégouline monstrueusement. Pour toujours aussi, j’associe l’idée d’une justification de l’existence humaine par l’art à ce moment du livre, dans le café, à la fin, quand Roquentin écoute pour la dernière fois Some of these Days, et qu’il imagine comment est née cette mélodie à la “douceur inaccessible”…