Le livre du jour
“Apocalypse cognitive”, de Gerald Bronner
© P.U.F
Avant de signifier la fin des temps, la notion d’apocalypse signifiait la révélation d’une vérité cachée. C’est en ce sens que l’utilise le sociologue Gérald Bronner dans un nouvel essai aussi ambitieux…. que déroutant. À le suivre, la révolution numérique dont nous sommes les contemporains serait en passe de nous révéler… notre nature humaine la plus profonde. Alors que nous disposons, grâce à la réduction du temps de travail, d’un « temps de cerveau disponible » jamais atteint dans l’histoire, nous tendons à consacrer ce temps « gagné » non pas aux questions les plus graves et les plus décisives pour notre avenir (crise climatique, survie de la démocratie, recherche scientifique…), mais à nos pulsions les plus viles et à nos inclinaisons les moins nobles. Quand on sait que les jeunes passent dorénavant plus de 6 heures par jour devant des écrans – soit 2,5 années scolaires, la question du « révélateur » numérique mérite en effet l’examen. Stimulante, l’hypothèse est cependant décevante tant l’image que Bronner se fait de la nature humaine est digne des « robinsonnades » de l’homme de l’état de nature des philosophes du XVIIIe siècle.