Biographie
Au-dessous du volcan
© Hélène Builly / Costume 3 Pièces pour PM
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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La vie du promoteur de l’idée communiste n’a rien d’une image d’Épinal pour catéchisme rouge. C’est celle d’un homme marqué par l’exil et les difficultés, dont la passion et l’opiniâtreté vont changer la face du monde.
En 1954, le Parti communiste de Grande-Bretagne fit ériger au Highgate Cemetery de Londres, sur la tombe du plus célèbre représentant des idées qu’il défend, une pierre portant cette inscription : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Marx avait lui-même écrit cette phrase plus d’un siècle auparavant. Elle apparaît en 1848 dans le Manifeste du parti communiste, cosigné avec Engels, ce mince fascicule qui allait devenir l’Évangile du mouvement ouvrier et changer le cours de l’Histoire, avant d’être emporté dans ses flots. Celui qui lit aujourd’hui sans a priori ce document historique n’y trouvera pas seulement un plaidoyer pour le communisme et un appel à son édification, mais aussi une présentation étonnamment positive de la bourgeoisie. Cette classe, dont la spéculation marxienne prévoit et réclame le prompt renversement, représente néanmoins, à l’heure où Marx écrit, la pointe la plus avancée du progrès social et historique.
Comme presque tous les grands socialistes du XIXe siècle, Marx est lui-même un fils de bourgeois. Il voit le jour le 5 mai 1818 à Trèves, dans l’actuelle Rhénanie, dans une famille qui possède son propre vignoble et boit son vin de Moselle. D’origine juive, son père s’est converti au protestantisme pour faciliter sa carrière d’avocat, et le petit Karl est baptisé à l’âge de 6 ans. Ses sœurs l’idolâtrent et ne se font pas prier pour déguster avec empressement les « gâteaux » de terre qu’il a « cuits ».
À 18 ans, Marx étudie, dans les pas de son père, le droit à Bonn, avant d’opter pour Berlin, où il s’installe en octobre 1836. C’est là qu’il « tombe sous le charme » de la philosophie, et plus particulièrement de la pensée hégélienne alors omnipotente. Il se familiarise avec elle dans le cadre du « Doktor Club », un groupe élitiste de jeunes universitaires réunis autour du critique de la religion Bruno Bauer. Les séances de discussion sont électriques et bien arrosées…