Pensée iranienne

“Avicenne a inventé la distinction entre essence et existence” : entretien avec la philosophe Souâd Ayada

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“Avicenne a inventé la distinction entre essence et existence” : entretien avec la philosophe Souâd Ayada

Souâd Ayada. ©Hannah Assouline/opale.photo

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Avicenne, philosophe né en Asie centrale, auteur d’un traité en persan, a joué un rôle majeur dans le monde islamique et en Europe occidentale. Après Aristote, il pose les bases de la métaphysique. Il insiste aussi sur la puissance des images et sur l’importance du corps. Souâd Ayada, spécialiste de philosophie en islam, détaille ici ses multiples talents. 


 

Avicenne (980-1037) est l’un des philosophes médiévaux les plus importants, en Orient comme en Occident. Peut-on dire qu’il est un penseur iranien ? 

Souâd Ayada : L’Iran comme tel n’existait pas à l’époque. Ibn Sina, devenu Avicenne sous l’effet de la latinisation de son nom, est né près de Boukhara, dans l’actuel Ouzbékistan. Cette région appartenait à un vaste ensemble à dominante persanophone qui s’étendait jusqu’à l’Inde. Son père était, semble-t-il, chiite ismaélien, sa mère d’origine tadjike. Durant sa vie, Avicenne a principalement servi des princes d’obédience chiite. Son tombeau se trouve à Hamadān, l’une des grandes villes de l’Iran actuel. Le nom d’Avicenne est associé à un fait culturel majeur : l’un de ses ouvrages les plus importants, le Livre des sciences, est écrit en persan. Alors que l’arabe s’impose à tous comme la langue du savoir, Avicenne fait du persan une langue philosophique. On peut donc dire qu’Avicenne est le grand philosophe de l’islam oriental dans lequel l’islam iranien occupe une place dominante. On le représente d’ordinaire avec des traits arabes, alors qu’il avait certainement le type asiatique.  

“Avicenne représente une matrice pour toute la philosophie en islam”

 

Mais il a été également pleinement accueilli dans le monde arabe et en Europe…

Avicenne représente une matrice pour toute la philosophie en islam, qu’elle se développe en terre arabe ou dans le monde persanophone. C’est lui qui en trace les motifs constitutifs qui se retrouvent, modulés dans une autre direction, repris dans un autre contexte, dans la philosophie européenne. 

 

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