Pensée d’ailleurs
Bénin, Togo et Nigeria. Fa
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Cet article est issu du numéro 85 de Philosophie magazine « 85 - décembre 2014-janvier 2015 », en kiosque le 27 novembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cet instrument de révélation des vérités, cachées ou en devenir, figure une forme d’écriture sacrée où le signe devance les mots.
« Il fallait s’y rendre la nuit. Arrivée en voiture au bout de la piste. Marche dans la brousse. Hameau d’une vingtaine de cases. Il nous attendait, souriant. Salutations d’usage. Nous avons bu l’eau de la calebasse posée sur le sol. Nous allions lui expliquer notre demande, mais il nous arrêta d’un geste. Il versa quelques gouttes d’eau pure sur le sol, tira de sous son siège son plateau de divination, l’enduisit de kaolin et y jeta les demi-noix de palme aux trois yeux. Pour nous, il interrogea le Fa. »
Les dieux savaient écrire avant les hommes. Interroger le Fa, c’est lire l’inscription de leurs signes sur Terre. Il y a là une philosophie de l’action : un événement n’est que la partie visible d’une écriture cachée. Fa est la procédure d’identification des événements révélant leurs racines et leur devenir. Fa est aussi une divinité, représentée par un enfant obèse et dépourvu d’os, rappelant que la vérité n’admet nulle rigidité. Fa est vérité. Dans les langues du Bénin, du Togo et du Nigeria, Fa (en fon), Ifa (en yoruba), Afa (en éwé) signifient « ombre », car Fa révèle la face cachée ; ou « quiétude », car la vérité y conduit.